Ce blog est le blog de mon livre, L'Ovalie, monde merveilleux. Quotidiennement, j'y mettrais des passages de mon livre jusqu'à ce qu'un jour, il soit entièrement publié. Merci de laisser des commentaires. Pierre-Yves. (le début du livre est à la fin du blog)

jeudi, octobre 26, 2006

Roger Couderc

Un passage de mon livre, sur la disparition de Roger Couderc. Ayant vu qu'il y avait eu récemment un hommage fait au poète, j'ai jugé bon de mettre cet extrait :

Le XV de France fait merveille sur les terrains et ébloui l’Ovalie toute entière par son génie naturel. Mais si le rugby est une histoire d’Hommes, voyous et gentlemen qui s’affrontent sur un terrain et partagent tant de moments intenses, le rugby est aussi une histoire de cœur. Et en ce 25 février 1984, tous les cœurs des amoureux de l’ovale sont touchés. Tout le monde a eu le sentiment de perdre un être proche avec la disparition de Roger Couderc. Le rire, la joie, la gaîté, fondamentaux de l’ambiance rugby, tant aimés par l’ami Roger, furent ses derniers instants. Il fêtait les 70 ans d’un ami lorsque, soudain, le drame. Ça chantait, ça s’amusait autour, mais l’accident ne prévient pas. Accident vasculaire cérébral. Mais si Roger quitta cette terre d’une manière si brutale, c’est sans doute que là haut, il manquait cruellement quelqu’un pour amuser et rendre le sourire aux anges. Alors il fut appelé à commenter à nouveau des matchs, mais divins cette fois ci, où jouaient avec grâce et beauté Guy Boniface et ses copains, qui furent les joyaux du rugby ici bas.

Magnifique hommage d’Henri Garcia dans son livre La fabuleuse histoire du rugby : « [ …] et les images se bousculent encore, multiples et fraternelles. Plus de trente ans d’une existence ainsi partagée sans qu’une ombre ne vienne faire tache sur la plus brève séquence, n’est ce pas exceptionnel ? C’est beaucoup de notre jeunesse que Roger Couderc va garder ainsi dans sa tombe d’où, selon son vœu, il pourra entendre carillonner les heures aux rythmes de la vie et les exclamations que fera toujours naître une envolée de trois quarts sur le terrain de rugby, tout proche aussi, de cette terre gasconne. »

lundi, octobre 09, 2006

Note aux visiteurs

Cela faisait longtemps que je n'étais pas venu sur mon blog.
Je tiens à m'en expliquer. Tout d'abord, le temps me manque et, ensuite, je pense m'arrêter la dans la publication de mon livre sur le blog. Le reste, vous pourrez le lire quand mon livre sera édité. J'esperais pouvoir le sortir en septembre mais j'ai sous estimé le temps qu'il me restait pour écrire. Etant au lycée, je n'ai que les vacances pour prendre le temps de m'occuper de mon livre.
Petite note spéciale à l'intention de M. Delhoume : si vous désirez lire la suite pour ce qui a été convenu entre nous,contactez moi personnellement, je vous enverrais la suite.

dimanche, août 13, 2006



"Pour une fois, il n'y aura pas d'impudeur à avouer que Guy était pour ceux qui ont eu la grâce de l'approcher l'un des plus beaux ornements de l'existence et que même si il n'avais jamais touché un ballon ovale, il aurait été dans sa nature d'entrer dans la vie des autres comme un soleil se lève. Guy Boniface possédait la mémoire du coeur et il faisait bon y habiter, être enfoui dans cette mémoire" (Antoine Blondin)

L'Histoire du Tournoi - France - 6 .

Avant ce communiqué britannique, un match avait opposé la France à l’Angleterre. Colombes n’était alors qu’à moitié plein, le XV de France était composé de joueurs certes vaillants mais sans doute pas tous les meilleurs de France et de Navarre, et pourtant, nos représentants auront dominés l’Anglais.

Après plusieurs tractations infructueuses entre la F.F.R. et l’U.F.R.A., le 5 mai 1932 est signé un protocole d’accord soulignant les principes de l’amateurisme.

Les Britanniques sont satisfaits mais le Tournoi ne reprendra ses droits qu’en 1947, 2nde Guerre Mondiale oblige.

Si la France peut rejouer, elle le doit à sir Winston Churchill, qui par une lettre, autorise à la France et à nos plus beaux ambassadeurs à participer à nouveau aux joutes chevaleresques du Tournoi.

Pour le premier match du tournoi d’après guerre, la France bat l’Ecosse 8-3.

mardi, août 08, 2006

L'Histoire du Tournoi - France - 5 .

Lettre d’un joueur du club de Lézignan, le 3 mars 1931 :
« Cher ami,
C’est le cauchemar… Que viens-je d’apprendre ? Hier, le 2 mars 1931, la France a été exclue du Tournoi en raison du désordre qui règne dans le rugby français ! C’est un jour à graver sur une pierre noire, un moment bien triste pour nous tous…
Alors que se propageait devant nous une belle perspective d’avenir, avec des résultats de plus en plus corrects, aujourd’hui, tout est fini. J’en ai les larmes aux yeux. Ce cher rugby, auquel toi et moi avons beaucoup donnés, ne nous remercie pas !
Et dire que tout vient de la finale que nous avons joués ensemble, cette fameuse finale de 1929, contre Quillan…
Tu t’en souviens ? Je sais que ces derniers temps, suite à ton accident, tu as quelques défauts de mémoires. Laisse moi te rappeler ces évènements…
Le match avait été dur, tendu. Je me souviens encore des coups de crampons sauvages dans les regroupements, et de ces envoyés de bois (comprendre bagarre générale) pas vraiment glorieuses pour nos deux clubs…
Quillan était sorti vainqueur, mais être roi d’un royaume qui va sombrer par la suite de nombreuses années est-il un bien ? Les résultats de ce petit club nous intriguaient tous à l’époque. Les bougres, ils avaient disputés trois finales consécutives ! Mais ils avaient la présence de quelques-uns des meilleurs joueurs français de cette année.
Le Roussillon serait-il devenu une terre à génie ?! Pas plus qu’une autre, la différence est la suivante. Le chapelier quillanais Jean Bourrel rêvait de voir son cher club soulever le Brennus et c’est sans scrupule qu’il avait acheté des joueurs à grands coups de billets.
La morale sacro-sainte du rugby amateur est dès lors mise en danger…
La brèche était alors ouverte, et il n’en fallait pas plus pour que les clubs du Stade Toulousain, du Stade Français, de l’U.S.A.P., de la Section Paloise, de l’Aviron Bayonnais et du S.B.U.C. s’engagent dans cette fissure. Ces clubs accusaient la FFR de ne pas vouloir assainir le rugby et c’est comme ça qu’ils ont créés cette fameuse compétition parallèle appelée Challenge des Six, dans l’idée de quitter le système financier dans lequel certains clubs avaient coulés.
Six mois après cette première rébellion, le mouvement révolutionnaire s’étendait avec l’arrivée de neuf autres clubs dans l’objectif de rétablir l’amateurisme en péril si cher à leur cœur.
Ces 15 mutins ont créés par la suite l’Union Française du Rugby Amateur (U.F.R.A.) et ont tout fait pour faire céder la FFR. Les Britanniques se présentèrent alors en juge suprême, comme a leur accoutumée, et ne ratèrent pas l’occasion de desservir le rugby de leur voisin.
Voila, pour le rappel de l’histoire.
Et la, je viens de lire dans le journal : « Après avoir étudié le document soumis par la FFR et par les clubs dissidents de l’U.F.R.A., nous sommes dans l’obligation de déclarer qu’au vu des conditions peu satisfaisantes dans lesquelles le football-rugby se déroule, nous ne pourront plus organiser de rencontres avec la France ou avec les clubs français, ni à domicile, ni à l’extérieur, jusqu’à ce que nous obtenions la certitude que le contrôle et la conduite du jeu soient organisés de manière satisfaisante. ». La sentence est sans appel, le tranchant de la guillotine vient de tomber, le bourreau Anglais a saisi la tête de la FFR.
Maintenant, je ferme ma fenêtre. Je sens monter, en notre royaume d’Ovalie Française, une odeur morbide, celle de la longue agonie qui précède le dernier souffle de vie.
Bien Amicalement,
André. »

L'Histoire du Tournoi - France - 4 .

Suite à la Première Guerre Mondiale, le Tournoi ne revivra qu’en 1920. Près de 10 millions d’hommes sont morts, près de 3 595 000 blessés, 56 000 amputés et 65 000 mutilés. Voila la « splendeur » de ce conflit mondial ! C’est pourquoi, suite à ces années de carnages ou la civilisation a fait un bond en arrière, les mentalités changent. C’est le temps des « Années folles », celles ou on veut jouir de la vie dans toute sa plénitude. Automobile, aviation, cinéma, jazz, le surréalisme… autant de nouveautés extravagantes ! De même, le sport paraît un excellent moyen pour s’épanouir. Le rugby passe de l’enfance à l’adolescence, le rugby Français confirmant la sympathie qu’il commençait à acquérir (Daily Mail : « Les Français font des progrès rapides, s’ils modèrent leur impétuosité, ils feront mieux encore. […] Tous les joueurs ont fait preuve de courage »).

Le match d’ouverture n’est pas pour autant rappeler de bons souvenirs. En effet, le match entre la France et l’Ecosse restera dans les annales sous le nom de « match des borgnes », cinq des trente joueurs présents sur le terrain ayant perdu un œil durant la Guerre de 14 – 18. Le 3 avril, après avoir perdu face aux Anglais (3-8) et aux Gallois (5-6), les Bleus, de par leur couleur et leur expérience, vont aller gagner dans le chaudron bouillonnant de Lansdowne Road ! C’est une victoire incontestée et incontestable, remporté 15 à 7, 5 essais à 1.

Le 2 avril 1927 marque une victoire pleine de saveur, qui aujourd’hui encore nous produit un agréable plaisir, une victoire sur nos chers voisins les Anglais ! A Colombes, par un temps couvert, devant 35000 personnes, la France gagne le match grâce à un essai de l’ailier grenoblois Vellat. Après 15 défaites et un nul, les Français finissent par colmater la brèche dans le navire tricolore. Mauvais joueurs, bien qu’inventeurs du fair-play, les Anglais déclareront alors : « Vous avez battu une mauvaise équipe d’Angleterre ».

Les Français commencent à remporter de plus en plus de victoires. En 1928, c’est la première victoire sur les Gallois. L’ailier du Stade Français Houdet inscrira tous les points du match, marquant 2 essais et une transformation. Malgré la réduction à 14 suite à la blessure du deuxième ligne Calmel, poussé par leur capitaine emblématique Jauréguy, nos coqs l’emporteront 8-3.

Ainsi, la France aura battue toutes les nations britanniques.

lundi, juillet 31, 2006

L'Histoire du Tournoi - France - 3 .

Lors du banquet d’après-match, l’arrière gallois J.Bancroft aura la gentille attention suivante : « Vous les Français […] vous battrez peut-être chez eux les Anglais, les Irlandais et les Ecossais, mais vous ne triompherez chez nous que le jour où il n’y aura plus de charbon en Galles du Nord » Mais 38 ans après, la France gagnera à Swansea 11 – 3, et il y avait toujours du charbon en Galles du Nord !

L’année suivante, dans le stade de Colombes plein à craquer, la France décrochera son 1er succès le 2 janvier 1911, contre des Ecossais bien trop sur d’eux qui déclarèrent avant le match qu’ « en raison de la pénurie où nous sommes de trois-quarts de valeurs, c’est une chance pour l’Ecosse que le match contre la France ait lieu avant les rencontres sérieuses » ! Cette victoire est certes due à un investissement général de tous les joueurs qui désirés montrer qu’ils n’étaient pas des « pipes », mais aussi grâce au formidable athlète ailier du Racing, Pierre Failliot. Surnommé « l’Autobus », comme bien plus tard Jonah Lomu, il était champion du 400 mètres en 49 secondes ! Auteur de deux essais, il empêcha également un écossais d’aller aplatir dans l’en but tricolore au terme d’une course folle.

Les joueurs sont acclamés comme des dieux dans un stade en effervescence et les journaux L’Auto et La Marseillaise lanceront une souscription (0,50F par personne) afin d’offrir une belle médaille d’or à chacun des quinze héros.

jeudi, juillet 27, 2006

L'Histoire du Tournoi - France - 2 .

Anduran hésite lorsqu’on lui propose de jouer sous le maillot tricolore, au nom de la « Mère Patrie reconnaissante ». D’un côté, l’aventure est très tentante, mais que va dire sa chère et tendre qui à ce moment même doit préparer le repas de la Saint Sylvestre ? La scène de ménage redouté par notre homme arrive pourtant bien, lorsque finalement il décide d’aller porter les couleurs de son pays.

Il enfile vite fait un chandail de laine, se saisit de quelques affaires de toilettes et le voila parti pour le Pays de Galles…

Mais sous la pluie, par un vent glacial et devant cinq mille spectateurs, certes frigorifiés mais réchauffés par de sublimes chants gallois et des litres de whiskys et de bières, nos Français encaissent dix essais, perdant 49-14.

Mais peu importe, la France joue désormais dans la cour des grands, même si elle reste de loin la plus petite nation, et Joe Anduran a été international, avec même le privilège extraordinaire à l’époque de recevoir la carte rayée de tricolore. Mais ce document, ô combien précieux, il le perdit, peut de temps avant sa mort, sur le front de 1914.

L'Histoire du Tournoi - France - 1 .

Les quatre nations britanniques jouent déjà depuis quelques années dans la « Championship » lorsqu’ils se décident à inviter la France dans leurs ébats de grands garçons, en 1910. Ainsi, cette compétition prend le nom de Tournoi des V Nations.

Pour sa première rencontre, la France joue contre le Pays de Galles à Swansea le 1er janvier 1911.

« Rendez-vous vendredi à 14 heures à la gare Saint-Lazare, à l’endroit du départ du train pour Dieppe. Messieurs Charles Brennus et Cyril Rutherford, les deux dirigeants, seront sur le quai pour vous accueillir. Surtout, soyez à l’heure. ». Le message est donné, l’ordre est impératif, l’évènement étant unique et immense. Mais à l’heure fixée, ce 31 décembre 1910, il manque une personne ! L’avant bordelais Helier Tihl manque à l’appel, n’ayant pas pu avertir ses responsables qu’il était consigné à la caserne.

Qui choisir pour le remplacer ? Le temps presse, l’inquiétude est à son paroxysme.

Charles Brennus, blanc comme un œuf, s’engage dans le premier taxi qui passe, et part à la recherche de l’homme-providence. Justement, il vient d’apprendre par les gazettes parisiennes que Joe Anduran, troisième ligne du S.C.U.F. et vendeur de tableau réputé dans le milieu des Arts vient d’ouvrir une exposition de peinture dans une galerie réputée de la capitale. Brennus s’y rend, Anduran est présent. Ouf ! Alors que le scufiste est en pleine négociation de vente d’un tableau de Corot, Charles Brennus rentre dans la grande salle, deux autres dirigeants le rejoignent ; ils ont eut la même idée.

mardi, juillet 25, 2006

"Il faut croire en l'attaque..."

"Il faut croire en l'attaque. Il faut continuer à se battre pour elle, sinon le rugby va perdre ce qu'il a en lui de plus beau, la chaleur, l'enthousiasme, la joie de vivre" (Jean-Louis Bérot, international français des années 70).
Image : Moi (maillot bleu) lors d'un match de rugby amical le 30 juin dernier.

lundi, juillet 17, 2006

Les Boni - 7 -

La philosophie des deux frères, qui était celle de faire vivre le ballon par la passe, se retrouve par conséquent dans leurs sentiments car cette volonté de vouloir coûte que coûte faire circuler l’objet de tant de convoitises prouve une grande générosité, domaine dans lequel ils étaient aussi doués que celui du rugby. L’aîné, André, était protecteur et maternel, le cadet, Guy, était admiratif et fier devant son frère qui lui servait d’exemple. Encore une fois, ils se complétaient. Touché par le malheur de coéquipiers non sélectionnés, mis au « frigo », André les appelaient, les réconfortaient, prenant leur mal comme son propre malheur. Et ce même malheur devint le sien, accompagné de son frère lorsqu’ils furent virés de l’équipe de France par des dirigeants au « gros pardessus », qui se souciaient plus du pli de leur grand manteau que de l’esprit du jeu, que de leur cigare qui diminuait petit à petit que de la modernisation du rugby…

« On voit comment André et Guy Boniface, qui ne faisaient qu’un depuis la plus tendre enfance, ont pu égarer les jugements sur leur compte. En réalité, André brûlait du feu que l’on prêtait à Guy et celui-ci a réussi plus de percées que la légende pourrait en attribuer à André. Ils avaient un idéal qui passait par-dessus la tête de sélectionneurs obtus et nombre de boutiquiers de ce jeu, s’attirant par là des querelles à n’en plus finir comme des amours inconditionnels, car c’était le temps du rugby sentimental, à la folie ou pas du tout.
C’était comme un rêve de rugby.
C’était, pour toujours, le temps des ’’Boni’’
. » (Denis Lalanne, Le temps des Boni)

Guy est parti de l’autre coté du miroir, dans la constellation des grandes étoiles ; mais avec André, ils sont à jamais dans nos esprits, reliés par le sentiment invisible mais tellement fort de l’amour, communiant côte à côte, bien qu’un monde les sépare, pour ne jamais se quitter…

Les Boni - 6 -

Mais ceci n’est rien par rapport à ce qui advint par la suite…On pense que de tels personnages sont immortels, mais il faut croire que même les anges, touchés par la grâce, meurt eux aussi…

Le 31 décembre 1967, jour à jamais gravé dans le cœur des gens d’Ovalie, c’est le drame. Suite à un match amical à Orthez, la voiture qui accompagne Guy sort de la route et percute un arbre. Guy est le plus touché et le lendemain, après 17 heures de combat contre la mort, il perd son dernier match, celui de sa vie. André déclarera qu’ « Après l’accident, j’étais détruit, physiquement et moralement. J’ai même eu un moment, à Montfort, où j’ai cru que j’allais mourir sur la place de mon village, vers trois heures du matin. C’était deux jours après. Il y a eu un orage terrible… ». Et aujourd’hui encore, André ne peut parler de la mort de son cher frère, parlant seulement de « l’accident de Guy ». Mais il ne se plaint pas, bien au contraire, il dit toujours : « avec Guy, nous avons plus vécu en trente ans, plus aimé, plus partagé, que d’autres frères, ne l’auraient fait en cent ans ».

En juin 2000, le stade de Mont-de-Marsan prend le nom de « Stade Guy Boniface » et André ajoutera : « Cette inauguration fut pour moi un bonheur formidable. Pour la vie, tous les enfants qui viendront au stade passeront devant la statue de mon frère. ».

Les Boni - 5 -

L’aîné reverra bien sur le bleu de France plus tard, en 1961, lors de la tournée en Nouvelle-Zélande. « Nous avons eu des années très difficiles à vivre : quand l’un était sélectionné et pas l’autre, c’était très douloureux. Et ce sont des moments de regrets, on nous les a volés ! Quand tu te retrouves côte à côte en 12 et 13 avec ton frère à Murrayfield ou à Cardiff, c’est un grand bonheur… » (André Boniface). Deux ans après, le bouclier de Brennus, le rêve de tout rugbyman français, est rapporté à Mont-de-Marsan, face à l’U.S. Dax de Pierre Albaladejo.
Le schéma était donc fait pour que l’histoire soit belle…elle le fût certes, avec des moments d’anthologies inoubliables, mais hélas, le destin ne sourie pas toujours aux audacieux…

Certes, ils jouèrent ensemble onze années, onze années de joie, de « rugby champagne » en toute plénitude, mais les erreurs, les incompréhensions des uns, les jalousies des autres, le destin…allaient tenter de séparer, de faire oublier les Boni, mais ils resteront à tout jamais dans nos cœurs.

Le premier signe révoltant à lieu en 1964, à Bucarest : « Face à des Roumains très durs, nous n’avons pas voulu nous laisser faire et j’ai donné un coup de pied au cul de l’un d’entre eux qui venait d’écrabouiller Caillau. L’arbitre a voulu me mettre dehors et j’ai refusé de quitter le terrain. J’ai pris six mois de suspension et j’ai loupé la tournée en Afrique du Sud. Du coup, mon frère n’y est pas allé non plus… ».

Fort de 48 et 33 sélections chacun, André et Guy ne porteront cependant le maillot tricolore ensemble qu’à 16 reprises, dont la der des ders fut le maudit match de 1966 contre le Pays de Galles, où Jean Gachassin qui, passant la balle à André, se vit contré par le gallois Stuart Watkins qui alla tout droit aplatir dans l’en but français. Gachassin et les frères Boniface ne devaient plus jouer pour la France… « En voulant nous punir, ils ont fait de nous des martyrs alors qu’on allait arrêter tout seuls. » (André Boniface).

mardi, juillet 11, 2006

Les Boni - 4 -

« Longtemps, le siège du Stade Montois s’orna d’une photo géante le représentant, tous muscles bandés, mâchoires serrées, débordant les Anglais en 1954 à Colombes : son premier essai dans le Tournoi à l’âge de 19 ans et au poste de trois-quarts aile. Et ‘’’Boni’’ ne pouvait passer devant cette image à sa gloire sans marmonner : « Ce que j’ai l’air con, là-dessus ! » Il ne rêvait que d’être, au poste de trois-quarts centre, l’architecte des beaux essais que signeraient les autres. » (Denis Lalanne dans Le temps des Boni).

«

Un jour, en 1957-58, on m’a dit qu’il y avait un junior qui dominait tout le monde, et que nous allions l’intégrer au centre en équipe première. Je me suis dit : ’’Merde ! Il va peut-être jouer à ma place !’’. L’entraînement du jeudi arrive, on appelle ce jeune : c’était Guy ! À partir de là, il fut mon coéquipier… » (André Boniface)

Deux ans après l’arrivé d’André au Stade Montois, Guy y arrive à l’âge de 17 ans mais perd une nouvelle finale du championnat aux côtés de son frère en 1959 contre le Racing Club de France. Là ou André faisait le boulot pour deux, accompagné de son frère, ensemble, ils firent des merveilles, pouvant à eux seuls faire gagner un match. Guy, agile tel une gazelle, avec ses cannes flamboyantes, mettait le feu sur tous les terrains de France et de Navarre, et même hors du pays, lorsque le 26 mars 1960 il entre au XV de France contre le Pays de Galles, ou il est le seul « Boni » sur le terrain, André ayant été oublié…

Les Boni - 3 -

André, qui avait en lui une réserve de puissance phénoménale dans les jambes pratiquait le cadrage-débordement avec une aisance devenue légendaire. La balle étant par la suite soigneusement offerte, confiée telle une offrande à son cadet, qui la transportait dans une course folle, effrénée, volante, avec une volonté unique, enveloppée d’une énergie débordante.

André a 17 ans lorsqu’il joue à Dax contre une équipe anglaise aux côtés de sa grande idole le bayonnais Jean Dauger. Il marqua 3 essais de 50 mètres, tous plus beaux les uns que les autres, tous servis par le maître Dauger. Et c’est là qu’il comprendra « que celui qui marquait et que l’on voyait le plus n’était pas toujours celui qui faisait le boulot » et décida aussitôt d’en faire son but. Le Basque lui fit ainsi réaliser l’importance de la passe, l’importance du rôle de passeur, ce rôle qui le fera baptiser « Créateur d’essai ».

Et c’est ce jour là que sa vie changera, par la grâce du président du Stade Montois, qui lui proposera de venir jouer dans son effectif.

Le nouveau Montois, bien que le jeu à la main soit son credo, marqua d’une facilité des plus déconcertante de nombreux drops et pénalités.

Dès sa première année, il joue une finale de championnat de France mais perd contre le FC Lourdes alors au sommet de son art. Il intègre alors très tôt le XV de France, à 19 ans et demi, lors du Tournoi des V Nations 1954, jouant trois-quarts aile face à l’Angleterre pour sa première sélection.

Lorsqu’on voyait jouer l’artiste, on pouvait penser que ce qu’il faisait était à la portée du premier venu tellement ce qu’il accomplissait paraissait facile. Mais il s’agissait là d’une mauvaise impression, tout simplement car André Boniface était un pur talent, un acharné du travail et de l’exigence, s’imposant une discipline draconienne. Un match amical perdu rendait malade ce génie perfectionniste, empli d’élégance et d’esthétisme.